Mondes marins : Sonia Levy en résidence à l'Art Rue
I. LA SAISON MÉDITERRANÉE 2026 : UN BASSIN EN TRANSFORMATION
La Méditerranée n'est pas un musée d'histoire. C'est un espace vivant en mutation, traversé par des crises écologiques, des mouvements de populations, des héritages politiques non résolus et des imaginaires qui refusent de mourir.
Du 15 mai au 31 octobre 2026, l'Institut français déploie la Saison Méditerranée 2026 — une grande séquence pluridisciplinaire qui place le bassin méditerranéen au cœur d'une réflexion collective. Loin de célébrer une Méditerranée pittoresque, cette Saison interroge les enjeux structurels : jeunesse et mobilités, récits et mémoires partagés, transition écologique et sociale, innovation artistique.
Avec Marseille comme ville d'ouverture, la Saison rayonne sur l'ensemble du territoire français et sur les deux rives méditerranéennes, en collaboration étroite avec les scènes artistiques du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de l'Égypte et du Liban. C'est une invitation à dialoguer par-delà les frontières, à valoriser les initiatives des jeunesses et des diasporas, à accompagner la création et à renforcer les coopérations entre sociétés civiles.
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II. MONDES MARINS : QUAND L'ART INTERROGE LES ÉCOLOGIES
Un programme de recherche artistique et scientifique
Au cœur de la Saison Méditerranée 2026 s'inscrit Mondes Marins — un programme de recherche multidisciplinaire porté conjointement par la Fondation Camargo (Cassis), l'Art Rue (Tunis), l'OSU Pythéas et le Parc national des Calanques (Marseille).
De février à octobre 2026, cinq artistes en résidence explorent une question centrale :
Comment l'art peut-il approfondir notre compréhension des mutations qui transforment la Méditerranée et les sociétés qui en dépendent ?
L'urgence écologique et politique
La Méditerranée se réchauffe 20 % plus vite que toute autre masse d'eau sur la planète. Elle est un hotspot climatique — foyer de plus de 500 millions de personnes. Face à cette urgence, Mondes Marins valorise la pluralité des regards et des disciplines pour repenser notre rapport à cet environnement et produire de nouveaux imaginaires.
Les cinq artistes sélectionnés ne sont pas des illustrateurs de crises. Ils sont des chercheurs visuels travaillant à partir d'archives, d'expériences de terrain, de pratiques artistiques diverses — pour interroger les écologies marines au-delà de la documentation scientifique classique.
Nichée au cœur du Parc national des Calanques, la Fondation Camargo offre un cadre de travail singulier, en dialogue constant avec des partenaires scientifiques de premier plan. C'est en ce même esprit que L'Art Rue à Tunis accueille l'une de ces résidences.
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III. SONIA LEVY EN RÉSIDENCE : HYDRO-IMPÉRIALISME ET MÉMOIRES IMMERGÉES
Une artiste-chercheuse
Sonia Levy poursuit depuis plusieurs années des recherches sur la manière dont la politique imprègne les espaces subaquatiques — comment les perspectives immergées peuvent éclairer des histoires fragiles, souvent occultées. Son approche s'appuie sur le concept de « l'hydro-impérialisme » développé par Pritchard, qui examine les héritages de pouvoir entre la France et l'Afrique du Nord, notamment à travers l'imposition de savoirs en gestion de l'eau.
Une démarche épistémologique
À L'Art Rue, du 7 au 10 mai 2026 à Gabès, Sonia Levy interroge ces interactions historiques et leurs impacts sur les écologies marines. Elle aborde la Méditerranée non comme un simple objet d'étude, mais comme un lieu de rencontre épistémologique — un espace où peuvent converger des savoirs multiples, des perspectives du Sud et du Nord, des cosmologies plurielles.
Son intention : favoriser un épanouissement transformateur et multi-espèces — reconnaître que les écologies marines ne sont pas séparables des structures sociales, politiques et économiques qui les façonnent.
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IV. LE PROJET : THE REVERSE IMAGE OF ALL THAT HAS BEEN LEFT BEHIND
Une installation filmique du Golfe de Gabès
Le projet développé durant la résidence prend la forme d'une installation filmique centrée sur le Golfe de Gabès — territoire profondément marqué par l'industrie du phosphate et ses conséquences en cascade : écologiques, sociales, politiques.
Le Golfe de Gabès n'est pas un paysage neutre. C'est un palimpseste où s'entrelacent l'extraction minière, la pollution marine, les transformations des écosystèmes, les mutations des pratiques de pêche artisanale, et les réalités migratoires contemporaines.
Une composition multisensorielle
L'œuvre s'articule autour de :
- Des fragments filmés captant les transformations paysagères et les traces de l'exploitation minière
- Des conversations avec des pêcheurs artisanaux — porteurs de mémoires et de savoirs locaux sur les mutations du Golfe
- Des paysages marins transformés documentés comme des archives du changement
- Une composition sonore immersive qui crée une atmosphère où le spectateur est plongé dans les écologies affectées
Au-delà de la documentation : une archéologie des absences
The Reverse Image of All That Has Been Left Behind n'est pas un documentaire environnemental classique. Le titre même — « L'image inversée de tout ce qui a été laissé derrière » — suggère une archéologie des absences, des oublis volontaires, des histoires étouffées.
L'installation interroge les liens fondamentaux entre :
- L'extraction des ressources minérales
- La pollution des écosystèmes marins
- La circulation des ressources à l'échelle globale
- Les réalités migratoires en Méditerranée (qui fuit, qui reste, qui disparaît)
C'est une réflexion sur l'inégalité écologique — sur la manière dont certains territoires et certaines populations paient le prix des richesses qui enrichissent d'autres.
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V. UN SOUTIEN INSTITUTIONNEL ET ARTISTIQUE
Cette résidence s'inscrit dans une architecture de soutiens multiples :
- La Fondation Camargo (Cassis) — cadre de travail scientifique et artistique
- La Fondation Daniel et Nina Carasso — engagement pour les transitions écologiques et sociales
- L'Institut français — dans sa mission de diffusion culturelle internationale
- L'Art Rue — plateforme locale d'expérimentation et de création
Ces acteurs partagent une conviction commune : l'art n'est pas un ornement, mais un levier de compréhension et de transformation.
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VI. POURQUOI GABÈS ? UNE GÉOGRAPHIE POLITIQUE
Le choix du Golfe de Gabès n'est pas anodin
Gabès est une ville côtière tunisienne confrontée à des défis environnementaux majeurs :
- L'industrie du phosphate — extraction intensive depuis le début du XXe siècle
- La pollution marine — dépôts de rejets industriels, accumulation de déchets phosphatés
- Les transformations sociales — départ des jeunes, tensions entre développement économique et survie écologique
- Les mémoires plurielles — histoire coloniale, transitions post-coloniales, présent incertain
Choisir Gabès, c'est refuser de regarder ailleurs — c'est affirmer que les écologies dégradées ne sont pas des fatalités lointaines, mais des réalités immédiates exigeant une compréhension systémique.
Une Méditerranée réelle
La Méditerranée des touristes et des cartes postales est une fiction apaisante. La Méditerranée réelle est un espace de friction :
- Entre richesse du Nord et pauvreté du Sud
- Entre exploitation des ressources et précarité des pêcheurs
- Entre tourisme de masse et disparition des écosystèmes
- Entre stabilité européenne et migrations forcées
Sonia Levy choisit de filmer et de documenter cette Méditerranée réelle.