Témoignages d'Asma & Nourchène sur le programme Art & Education
L'Art Rue milite pour une éducation artistique de qualité qui aiguise l'imagination des enfants en les initiant aux joies de la pensée et de la création. Nous développons à notre siège et dans les écoles primaires publiques de la médina différentes activités gratuites (ateliers, résidences d’artistes, sorties culturelles...) dans le cadre du programme Art & Education mis en place dès 2012.
Nous partageons avec vous aujourd’hui l'intégralité du témoignage de deux adolescentes, Asma et Nourchène, qui s'investissent dans nos activités depuis 7 ans.
Nourchène : "Outre les techniques que nous avons apprises au cours des différents ateliers artistiques, j'ai acquis beaucoup plus de confiance en moi, j'ai appris à agir avec les gens et avec moi-même, à travailler en groupe, à respecter les autres, à les écouter et à respecter les différentes opinions."
>> TEMOIGNAGES
> Pouvez-vous vous présenter brièvement et dire ce que vous aimez faire ?
N : Je m'appelle Nourchène, j'ai 17 ans, j'habite à la Médina et je fais les ateliers ici depuis 7 ans. J'aime le théâtre et le cinéma.
A : Je m'appelle Asma, j'ai 17 ans aussi, et j'aime tout ce qui touche à l'art, surtout la danse et la danse contemporaine. Cela fait aussi 7 ans que je suis ici et je compte bien y rester.
> Comment avez-vous commencé à assister aux ateliers de L'Art Rue ? Quelle est votre histoire avez L'Art Rue ?
A : A l'été 2015, précisément le jour où nous sommes allées à l'école pour récupérer nos notes, nos parents ont rencontré une des chargées de projet de L’Art Rue, Béatrice. Elle a récupéré leurs numéros et leur a expliqué que L'Art Rue recherchait des enfants pour jouer dans un film. C'est ainsi que j'ai pu intégrer les ateliers artistiques cet été-là, même si je n'y ai participé que quelques fois. Au début de l'année 2016, L'Art Rue est venue dans mon école primaire d’alors, Kouttab Louzir, pour présenter les ateliers artistiques. Et depuis, j'y participe.
N : Asma n'a pas terminé la première année (2015) mais moi si. La 1ère chose que nous avons faite est de jouer dans deux films du réalisateur tunisien Hichem Ben Ammar "Baba Msefer" et "Jamila Wal Wahch". Ces films sont d'ailleurs toujours diffusés dans les écoles.
A : J'ai également participé au festival Dream City en 2015 dans le cadre d’une collaboration avec l’artiste syrien Omar Abu Saad, mais pas Nourchene. Plus tard, nous avons rejoint les ateliers de l’artiste tunisienne Sonia Kallel ensemble et avons participé à Dream City 2017. Et nous avons continué à essayer à chaque fois qu'il y a une audition et à faire les ateliers artistiques en parallèle. C'est en 2017 que nous avons commencé à rejoindre les ateliers cinéma et analyse filmique menés par l’association Sentiers-Massarib en collaboration avec L’Art Rue nous les suivons jusqu'à maintenant. En fait, nous sommes celles qui avons participé le plus longtemps aux ateliers cinéma, donc nous avons aussi commencé à apprendre les techniques. Nous avons également participé à beaucoup d'autres ateliers, de théâtre avec Lobna Mlika, de danse avec Imen Smaoui, etc. et nous participons également aux ateliers du Summer Camp.
> Comment voyez-vous l'impact des ateliers artistiques sur vous-mêmes ?
N : Au début, pour tous ceux et toutes celles qui rejoignent les ateliers, c'est une question de découverte, mais ensuite c'est une question de décider si vous aimez vraiment ces ateliers et si vous voulez continuer et vous impliquer dedans, ou si c'est quelque chose que vous n'aimez plus. Au début, nous étions trop jeunes pour décider si nous voulions rester ou non, mais maintenant, nous avons décidé de rester. En ce qui concerne l'impact, il y a bien sûr beaucoup de choses qui ont changé en moi. Outre les techniques que nous avons apprises, j'ai acquis beaucoup plus de confiance en moi, j'ai appris à agir avec les gens et avec moi-même, à travailler en groupe, à respecter les autres, à les écouter et à respecter les différentes opinions.
A : Pour moi, cela m'a permis de découvrir beaucoup de choses sur moi-même. Quand j'étais plus jeune, je pensais que je n'étais douée que pour le chant, mais j'ai aussi découvert que j'aimais le théâtre, la danse, le design avec Thomas. J'ai aussi appris à exprimer mon opinion et à faire des critiques constructives. Cela m'a également permis d'apprendre à agir avec des personnes autres que ma famille et mes amis proches, parce que j'ai pu rencontrer des gens différents. C'était une très belle expérience de participer à l'atelier d'Andrew Graham en danse ; nous avons vraiment appris à travailler avec des personnes porteuses de handicap, car elles ont une conscience de leur corps et de leur environnement différente de la nôtre. Et de la confiance en soi comme Nourchene. Bien sûr, je suis encore un peu timide lorsque je monte sur scène ou que je dois présenter quelque chose devant des gens, mais ce n'est plus quelque chose qui me fait peur. J'aime aussi beaucoup la relation que Nourchene et moi entretenons avec l'équipe de L'Art Rue, ils nous font vraiment confiance et apprécient la compagnie des uns et des autres.
> Qu'est-ce qui vous a motivée / inspirée pour animer ces ateliers ? Est-ce la première fois que vous le faites ?
N : Ce n'est pas la première fois que nous animons des ateliers. Nous l'avons fait avec Mme Insaf Machta de l’association Sentier-Massarib pour les ateliers dans les écoles de la rue El Marr, et Asma est aussi allée avec elle à Bab Souika. Elle nous laisse travailler avec les enfants sous sa supervision et nous donne ensuite ses commentaires. Petit à petit, nous avons commencé à faire de même dans les ateliers au siège de L’Art Rue à Dar Bach Hamba. A chaque fois, l'une d'entre nous anime la séance en suivant ses commentaires. Comme on a aussi fait quelques films et des représentations théâtrales, on a vu qu'on y arrivait et on s'est dit pourquoi ne pas essayer d'autres choses et voir ce que ça donne.
A : Comme l'a dit Nourchene, ce n'est pas la première fois que nous animons des ateliers, mais c'est la première fois que nous le faisons entièrement par nous-mêmes, sans la supervision de Mme Insaf. Elle a sélectionné les films et nous avons fait tout le reste nous-mêmes.
> Comment se passe cette expérience pour vous jusqu'à présent ? Avez-vous appris quelque chose de nouveau ?
A : J'adore ça ! Surtout quand les enfants nous appellent Madame, cela nous donne vraiment confiance en ce que nous faisons. Les enfants sont très jeunes par rapport à nous, donc ils posent les mêmes questions que nous posions quand nous avions leur âge, donc ce n'est pas trop compliqué pour nous de trouver les bonnes réponses. Nous continuons également à rester en contact avec Mme Insaf pour développer davantage nos capacités à analyser les films et à organiser le débat. Nous pourrions même travailler avec des enfants un peu plus âgés afin d'approfondir les discussions.
N : Lorsque nous leur demandons s'ils ont aimé la session et les films que nous avons présentés, ils répondent toujours par l'affirmative et veulent rester avec nous une fois que nous avons terminé. Nous étions dans la même situation qu'eux il y a quelques années, donc nous comprenons vraiment comment ils pensent et ce qu'ils vivent.
> Comment animez-vous ces ateliers? Comment se déroule le débat, l'interaction avec les enfants ?
A : Au début de la session, nous essayons de les organiser du mieux que nous pouvons, et de garder tout organisé. Ensuite, lorsque nous commençons la discussion, notre objectif est de leur faire comprendre les films parce que nous avons remarqué qu'ils ne comprennent pas toujours le sens plus large des films quand ils sont très jeunes.
N : Pendant le débat, je pense que mon rôle est de laisser chacun d'entre eux exprimer librement son opinion, qu'il ait aimé le film ou non. Je veux les encourager à m'expliquer vraiment ce qu'ils ont aimé et ce qu'ils n'ont pas aimé. Ce n'est pas toujours facile pour les enfants de le faire, alors je leur donne des exemples et je les aide à développer leur propre opinion sur le film.
A : Nous voulons aussi qu'ils parviennent à un stade où ils peuvent discuter des films seuls en groupe. Avec Mme Insaf, c'est ce que nous faisions : elle nous posait une question et nous laissait en discuter librement entre nous. Nourchene disait quelque chose et je le développais. Je veux qu'ils en arrivent là, mais je veux aussi qu'ils se respectent les uns les autres et qu'ils se rapprochent en tant que groupe.
N : Les enfants ont parfois du mal à comprendre les films, surtout lorsqu'ils ne sont pas en arabe, alors nous essayons de leur poser les bonnes questions et de les aider à comprendre par eux-mêmes. Dans l'un des films, l'un des enfants est venu me voir et m'a dit que c'était très similaire à ce qu'il vivait et qu'il s'était attaché émotionnellement aux personnages. Je me suis dit que cette session avait été une très bonne session.
> Que pensez-vous faire ensuite avec L'Art Rue ?
A : En ce qui me concerne, j'ai encore envie de développer mes connaissances sur le cinéma. J'aimerais aussi que le même groupe soit présent le reste de l'année, ou même pendant l'été, pour que nous puissions vraiment travailler avec eux et nous améliorer dans l'animation de ces ateliers.
N : Moi aussi, j'ai toujours envie d'en savoir plus sur le cinéma. Je veux que nous gardions notre groupe avec Mme Insaf pour que nous puissions apprendre d'elle, mais aussi que nous ayons ce groupe pour continuer à travailler avec eux et à apprendre en cours de route.
Informations pratiques
Témoignages d'avril 2023