Résidence artistique — Mathilde Delahaye
Du 19 au 28 avril 2026
L'Art Rue
Mathilde Delahaye a été accueillie en résidence du 19 au 28 avril à L’Art Rue dans le cadre du projet W15, pour son oeuvre WXV co-développée avec la réalisatrice Hind Meddeb. Cette résidence a permis d’amplifier une recherche chorale autour de traces, archives et formes fragmentaires, en résonance avec les questions politiques et esthétiques portées par W15.
Le projet WXV
WXV pose une question centrale : que reste-t-il d’une révolution lorsque ses slogans deviennent des archives numériques, lorsque ses figures disparaissent, sont exilées ou réduites au silence, et lorsque les mécanismes de domination persistent sous d’autres formes ?
Le projet se construit à partir de fragments : images incomplètes, chansons interrompues, récits brisés, mémoires dispersées. Il ne cherche pas à raconter la révolution de manière linéaire mais à faire résonner les traces encore actives d’un moment historique toujours ouvert.
Pensé comme une forme évolutive, WXV peut s’adapter aux espaces, intégrer de nouveaux matériaux et se transformer à chaque représentation.
Curatorial statement — Résidence et enjeux
À l’origine de WXV se trouve un film documentaire, Tunisia Clash de Hind Meddeb, et la rencontre entre la réalisatrice et la metteure en scène Mathilde Delahaye. Le matériau filmique — clips, rushes et reportages couvrant la révolution tunisienne de 2011 à 2014 — raconte la voix des rappeurs qui ont porté et subi la révolte : hymnes populaires, harcèlements judiciaires, emprisonnements. Ce corpus documentaire devient point de départ d’une exploration scénique des traces et des séquelles d’un soulèvement qui s’est ensuite figé et retourné.
La résidence vise à transformer ces archives en une œuvre hybride : installation-concert, enquête performative et dispositif visuel. À partir des trajectoires croisées de Weld El 15 et Emino — figures contradictoires et complémentaires de la scène rap tunisienne — WXV ne cherche pas à reconstituer la chronologie des événements, mais à faire éprouver ce qui persiste, obsède et fracture. Par le montage de fragments sonores et visuels, par la manipulation d’archives et la musique en live, le projet fait surgir un « trou noir » dramaturgique où les images se déforment, les sons se distordent et les récits héroïques se défroissent.
L’enjeu de la résidence est double : affiner une langue scénique capable de restituer la puissance polyphonique du rap et des témoignages, et interroger les formes contemporaines de répression, d’oubli et de radicalisation. WXV propose une expérience collective, sensorielle et critique — non pour expliquer la révolution, mais pour en entendre les rémanences et en éprouver les fractures.
Travail réalisé en résidence
- Recherche de terrain et documentation numérique : collecte et tri de fragments iconographiques et sonores liés aux événements centraux du projet.
- Expérimentations matérielles : impressions partielles, collages, superpositions vidéo et interventions sonores qui confrontent archives et présent.
- Atelier ouvert : temps de partage et d’échanges publics avec des participant·e·s locaux et des intervenant·e·s invité·e·s, permettant de tester des formes scéniques et performatives en devenir.
La résidence artistique de Mathilde Delahaye est un projet de OTTO PRODUCTIONS en collaboration avec L'Art Rue, rendu possible par le soutien de la Direction de Développement et de la Coopération Suisse.
